Françoise Héritier préside cette année le festival des
12es «Rendez-vous de l'histoire» de Blois consacrés au «Corps dans tous ses états».
(...) L'un de ses grands thèmes est la différence anatomique et physiologique entre l'homme et la femme qui est à l'origine de notre système de pensée, qui
fonctionne, à travers l'histoire, sur la dualité «masculin/féminin». Il y a ce que j'appelle des «butoirs de la pensée» qui font que les hommes de notre préhistoire, du paléolithique supérieur,
se sont posé des questions. Il y a un certain nombre d'éléments qui sont toujours les mêmes parce que nous ne pouvons pas les modifier. (...) La première constante, c'est la différence sexuée que
l'on remarque dans toutes les espèces animales connues, ce qu'on appelle les «animaux vrais». Il a donc fallu trouver une réponse : pourquoi y a-t-il des différences de forme dans les espèces,
toutes marquées par cette même césure essentielle mâle et femelle. Il y a deux sexes, et les deux sexes doivent s'appareiller pour se reproduire. La deuxième constante, c'est que les parents
naissent avant les enfants (ça paraît subtil, mais c'est fondamental) : les générations s'enchaînent dans un ordre qui ne peut pas être renversé. La troisième, c'est qu'il faut des relations
sexuelles, des coïts, pour qu'il y ait pro-création. C'est une grossière erreur de s'imaginer que les sociétés que l'on appelle primitives l'ignorent. Elles le savent très bien, même si on peut
parfois habiller les naissances illégitimes par l'idée d'une procréation extraterrestre. Surtout, il y a l'idée que le sang est le porteur de la vie, de la chaleur et de la mobilité. C'est
extrêmement important, parce que les femmes perdent du sang. Ce qui fait qu'elles sont nécessairement moins chaudes, moins vives, moins mobiles dans l'imaginaire. La quatrième constante, c'est le
fait, absolument renversant quand on y pense, que les femmes font non seulement leurs semblables mais ont la capacité de faire aussi des corps différents d'elles : du même et du différent. Alors
que les hommes ne peuvent même pas faire du même. La vraie question n'est pas l'idée que les femmes font les enfants, c'est qu'elles font les fils des hommes. Et ça serait tellement mieux si les
hommes pouvaient faire leurs fils tout seuls. C'est ce que disent beaucoup de mythes. Le monde idéal, c'est un monde où les femmes feraient des filles et où les hommes feraient des fils. Donc le
fait que les femmes font le même et le différent est une question qui est un «butoir de la pensée». Il y a eu énormément de réflexions autour de ces questions. Les réponses excluent que ça vienne
d'un pouvoir exclusivement féminin. Puisqu'il faut le coït, si les femmes font des enfants, c'est parce que les hommes mettent des enfants dans les femmes. Il y a deux grandes variantes. La
première, c'est que les hommes sont les vecteurs : par le sperme s'expriment les dieux des ancêtres, des esprits... Dans la seconde, on évacue les dieux, c'est le sperme de l'homme lui-même qui
contient les enfants des deux sexes. Chose tout à fait étonnante, lorsqu'on a, aux XVIIIe-XIXe siècles, découvert les ovules et les spermatozoïdes, il y a eu une énorme querelle entre les
«ovistes» et les «homonculistes», entre ceux qui disaient que tout l'enfant était déjà dans l'ovule et ceux qui affirmaient que tout l'enfant était dans le spermatozoïde, l'ovule n'étant que la
ressource nourricière qu'il lui fallait pour proliférer. Ca a été extrêmement difficile de faire admettre que c'était partagé par les deux sexes. Parce qu'on prétendait que les femmes n'y étaient
pour rien et que tout venait de l'homme. Le Nouvel Observateur » 08 octobre 2009 Sexualité > Corps
Conseillère Régionale Rhône Alpes
Mandat unique
Elue de la majorité : PS-DVG et Apparentés
Groupe Politique : PS
Département d'élection : Ardèche
Téléphone Groupe PS : 04.72.59.40.83
dsoubeyrandgery@rhonealpes.fr
Commissions thématiques :
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Développement rural et agriculture
Culture
Tourisme et montagne
Délégations (voir portrait)